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Le site magdalénien de Charles-Bas

par Jean-Philippe Miginiac

Cet article, écrit en 1998, a été publié dans le Tome 132 - 2010 du Bulletin de la Société Scientifique,
 Historique et Archéologique de la Corrèze (http://www.societe-historique-correze.org/)





Plusieurs découvertes fortuites, isolées, de silex de faciès paléolithique supérieur laissaient supposer une fréquentation des rives du Doustre à la fin du paléolithique (1). La confirmation en a été apportée par la découverte (2), en 1995, d'un site d'occupation bien localisé sur lequel fut recueilli une certaine quantité de matériel lithique.

Le site est situé à Charles-Bas, sur le commune de Saint-Pardoux-la-Croisille en Corrèze et sous le lac de barrage qui noie la vallée du Doustre, sur une langue de terre sableuse délavée, percée de nombreux affleurements granitiques et située à une altitude d'environ 485 m, occasionnellement découverte par les eaux (le niveau "plus hautes eaux" de la jauge du barrage est situé à 491 m, le lit du Doustre est extrapolé à 430 m d'après la carte IGN). La localisation limitée en surface de la grande majorité des matériaux découverts et la quantité d'éclats (36 outils, 75 éclats) pourraient caractériser un site de taille (ou de retouche). Quelques rares autres matériaux lithiques ont été découvert à proximité immédiate, sans mise en évidente d'une organisation particulière d'habitat. A noter toutefois la présence de deux emplacements d'environ 2 m2, vides d'affleurements granitiques et entourés de roches en place.

Comment dater le site ? Le sol acide n'a préservé aucun reste ou outil osseux et seul le matériel lithique permet donc de tenter une estimation par rapprochement ou rattachement à des industries connues dans la région.

Les matériaux utilisés sont classiques de la région (3), silex locaux de l'Infralias (14% des pièces) et du Cénozoïque (19% des pièces) provenant d'un rayon d'une trentaine de kilomètres, silex du Sénonien (46% des pièces) provenant du Périgord, silex divers (21% des pièces).

Les outils ne sont pas de grande facture et plusieurs sont brûlés (abandonnés dans le foyer ?). L'industrie est très peu laminaire et la taille des outils est relativement faible, ce qui permettrait d'envisager un Épipaléolithique ou un Mésolithique. Aucun microlithe n'a cependant été recueilli in situ, ni aucune pièce suffisamment caractérisée permettant de rattacher les matériaux découverts à une industrie précise de l'Épipaléolithique ou du Mésolithique. Le Sauveterrien est à écarter en raison de l'absence de microlithes, l'Azilien semble devoir être écarté en raison de l'absence de pointes à dos courbes (4). L'analyse des types d'outils (5) montre une forte proportion de burins (27, soit 75% des 36 outils caractérisés), de burins dièdre (12, soit 33% des 36 outils caractérisés), et de burins multiples (5, soit 14% des 36 outils caractérisés), ce qui semble écarter l'Azilien pour rattacher la série au Paléolithique supérieur et au Magdalénien. A titre de comparaison, les matériaux lithiques de la couche 5, azilienne et datée 11.700 - 11.800 BP, de l'Abri de "chez Jugie" (Cosnac, Corrèze) comprennent 48,1% de pointes aziliennes et seulement 3,1% de burins (6).

La faible taille des outils, la présence de lames, la proportion de burins, de burins dièdres et de burins multiples, la présence d'une pointe de Teyjat et d'un burin à bec, l'absence de pointes à dos courbes, nous incitent, avec prudence, à rattacher les matériaux lithiques de Charles-Bas à un Magdalénien final, sans évolution marquée vers l'Azilien. L'occupation du site de Charles-Bas aurait alors eu lieu au Tardiglaciaire, vers la fin des oscillations du Bölling ou au Dryass II.

Il s'agirait alors peut-être d'un site d'occupation très temporaire, isolé, révélant les pénétrations (mobilité stratégique) des chasseurs du Magdalénien final vers les plateaux limousins (7). L'hypothèse en est renforcée par la faible quantité de matériaux trouvés in situ et par l'absence de nucleus qui auraient pu caractériser un véritable site de taille. Les outils préalablement taillés étaient donc probablement transportés, l'occupation du site aurait été très fugace et seule la retouche, la réparation ou la recombinaison d'outils aurait été pratiquée sur place.

Il pourrait alors s'agir de l'incursion estivale, sur les plateaux corréziens, de chasseurs de rennes provenant d'un camp de base de vallée situé sur la Dordogne en aval du Doustre et ayant établi un campement très temporaire à Charles-Bas ?

Il pourrait aussi s'agir d'une migration d'un petit groupe de chasseurs avec campement provisoire fugace à Charles-Bas, alors que les conditions climatiques faisaient remonter plus en altitude les derniers troupeaux de rennes qui abandonnaient les plaines plus au sud ?

Pour tenter de dater plus précisément la période probable d'occupation du site de Charles-Bas, nous pouvons essayer de la fixer sur l'échelle stratigraphique et climatique marquant l'évolution industrielle du Magdalénien supérieur de la grotte de la Madeleine, en Périgord (8), ou de l'Azilien du site de "Chez Jugie" en Corrèze (6). On pourrait alors envisager, avec prudence, de situer cette période probable d'occupation du site de Charles-Bas entre 12.500 B.P. et 11.750 B.P.

Notes :

1 - J.-L.Couchard & P.-Y. Demars, "Contribution à l'archéologie préhistorique en Corrèze", in Bull. Sté. Scient. Hist. et Archéologique de la Corrèze 1994, p7 et suiv.

2 - Stéphane Auberty & Jean-Philippe Miginiac, 1995

3 - P.-Y. Demars, "Origine des roches utilisées dans la fabrication d'outils dans le bassin de Brive au Paléolithique supérieur", Bull. Sté. Scient. Hist. et Archéologique de la Corrèze, T. 96, 1974, p. 29 et suiv. -- id P.-Y. Demars, "Thèse de Docteur en géologie du quaternaire et préhistoire", Université de Bordeaux, 1980 -- id P.-Y. Demars, "L'utilisation du silex au Paléolithique supérieur, choix, approvisionnement, circulation", Cahiers du quaternaire n°5, Editions du CNRS, 1982.

4 - Nous divergeons ici des conclusions de J.-L. Couchard, à qui nous avions confié la collection des matériaux lithiques découverts à Charles-Bas, qui extrapole un azilien en isolant arbitrairement 6 outils sur 36 (sans retenir la pointe de Teyjat) et en y ajoutant une pointe azilienne atypique qui ne faisait pas partie de la collection que nous lui avions confiée (in J.-L. Couchard, "L'habitat de plein-air du tardiglaciaire final de Charles-Bas", Bull. Sté. Scient. Hist. et Archéologique de la Corrèze 1997, p.31 et suiv.). Peut-être cette pointe azilienne atypique a t-elle été ultérieurement recueillie à proximité ? Elle ne saurait cependant à elle seule caractériser l'azilien puisque la pointe azilienne a été "inventée" par des magdaléniens authentiques (voir J.-P. Mohen & Y. Taborin, "Les sociétés de la préhistoire", Hachette 1998, p. 168 et suiv.) et que l'azilien se manifeste notamment par la multiplication des pointes aziliennes dans les matériaux lithiques.

5 - Liste des outils caractérisés : Voir ci-après " Le matériel lithique "

6 - Guy Maziere, Jean-Paul Raynal, "La séquence tardiglaciaire et postglaciaire de l'abri de Chez-Jugie (Cosnac, Corrèze) : les industries préhistoriques et l'évolution du milieu naturel", in Comptes Rendus de l'Académie des Sciences Paris, série D tome 288, 21 mai 1979 (1979) 1449-1452).

7 - G. Mazière et J.-P. Raynal, "La fin des temps glaciaires en Limousin", p. 279, in "La fin des temps glaciaires en Europe, Chronostratigraphie et écologie des cultures du paléolitique final", T. II - Colloque international du CNRS n° 271 - Institut du quaternaire, U. de Bordeaux, 24-28 Mai 1977 -- P.-Y. Demars, P. Fitte, G. Godon, "Un site magdalénien final en Haute-Corrèze", in BSLSAC T. XXXIII, 1980, p. 13-16 -- P.-Y. Demars, "Circulation des silex dans le nord de l'Aquitaine au Paléolithique supérieur. L'occupation de l'espace par les derniers chasseurs-cueilleurs", in Gallia Préhistoire 1998., 40, p. 1-28.

8 - J.-M. Bouvier, "Un gisement préhistorique, la Madeleine", in numéro spécial du Bulletin de l'Association pour le gisement préhistorique, 1977, et J.-M. Bouvier, "La Madeleine: acquis récents", in "La fin des temps glaciaires en Europe, Chronostratigraphie et écologie des cultures du paléolitique final", T. II - Colloque international du CNRS n° 271 - Institut du quaternaire, U. de Bordeaux, 24-28 Mai 1977.



Le matériel lithique




















































































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